Histoire des sciences biologiques

La question du possible s'impose à deux niveaux en biologie.

- D’une part, le possible comme capacité, puissance de faire, au niveau des relations entre l’être vivant et son environnement : les caractères spécifiques de son organisation définissent son mode d’existence, c’est-à-dire le champ de ses possibilités d’agir et de sentir dans un monde propre (Umwelt).
- D’autre part, le possible comme multiplicité des modes d’existence possibles dans l’extraordinaire diversité des espèces actuelles ou disparues. Les théories de l’évolution doivent rendre compte de cette diversité : dans les phylums de transformation et différenciation des espèces, des possibles ont disparus, d’autres auraient pu être explorés, d’autres chemins auraient été possibles.

Or, la notion de hasard est omniprésente en biologie théorique au cœur des explications de l’évolution et de l’hérédité. Cet emploi du hasard à l'intérieur des explications scientifiques m'est apparu comme le signe que la question du possible était l'objet même de la recherche. Plutôt que de déterminer des phénomènes dans le champ de possibles de la connaissance, il s'agit de comprendre comment peut se déployer une multiplicité de possibles, multiplicité des espèces, des variétés, et de leurs modes d'existences. J'ai donc consacré ma thèse d’histoire de la biologie à l'étude de l’origine et du sens de cette notion de hasard, aussi bien dans l’explication des phénomènes naturels que dans la description des relations entre les connaissances ou ignorances des naturalistes et leurs objets. L’objectif était de comprendre ce qui amenait les auteurs à introduire cette notion dans leurs théories de la transformation des espèces (Darwin, Naudin, Haeckel, Huxley,... jusque Monod) et de l’hérédité (Darwin, Galton, Weismann, Hugo de Vries, Mendel,... jusque Watson et Crick).

Le schème explicatif de la sélection naturelle, apportait une nouvelle conception historique des possibles dans l’adaptation et de la spéciation, et posait des difficultés théoriques fondamentale pour l’étude de l’hérédité.
La méthode historique, et le sujet même du hasard forçait une attention particulière à la question de l’ignorance située c’est-à-dire ce qui à chaque époque était reconnu pour les auteurs comme inconnu et ce qu’ils pensaient savoir. A l’opposé d’une approche récurrente qui partirait des connaissances actuelles pour relever les obstacles épistémologiques de l’histoire passée, j’ai cherché, autant que possible à prendre l’histoire dans le sens chronologique, travailler à partir de la façon dont les auteurs définissaient leurs ignorances et connaissances, les problèmes qu’ils jugeaient importants et comment l’ignorance qu’ils se reconnaissaient alors avait guidé leur recherche et la construction de leurs théories.


La construction théorique en biologie emprunte souvent à des modèles technologiques (ce que l’on retrouve inversé dans le biomimétisme en conception technologique). Ce rôle de la métaphore technique éclaire les similitudes entre les schèmes explicatifs de la biologie et ceux de la psychologie.




  • Darwin – Schème de la sélection naturelle
  • La question de l’hérédité – Histoire d’une coupure dans la causalité
  • Biologie statistique – le point de vue de la sommation
Principales publications: